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Benoît Melançon, «Beaulieu, Victor-Lévy», dans Daniel Couty, Jean-Pierre de Beaumarchais et Alain Rey (édit.), Dictionnaire des littératures de langue française : A-F, Paris, Bordas, 1984, p. 193-194.
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BEAULIEU Victor-Lévy (né en 1945). De l’arrière-pays québécois (Saint-Jean-de-Dieu village natal et hôpital psychiatrique) à Montréal (Morial-Mort), Victor-Lévy Beaulieu témoigne de l’engagement de la génération de la «Nouvelle Écriture». Journaliste, polémiste, romancier, essayiste, dramaturge, éditeur, le personnage Beaulieu, Don Quichotte des lettres, met en scène la catastrophe la démanche d’un pays, d’une littérature, d’une uvre.
Les premiers récits du cycle de la Vraie Saga des Beauchemin (Mémoires d’outre-tonneau; les Grands-Pères [grand prix de la Ville de Montréal 1972]; Don Quichotte de la démanche, roman de l’excès, de la descente aux enfers [prix du Gouverneur général, refusé pour raisons politiques en 1975]) expriment du Québécois la difficile maturation politique, littéraire, sexuelle et familiale (père absent, faible; mère morte ou mourante). Sorte de Jos Connaissant (1970), le personnage beaulieusien fait le dur apprentissage du Rêve québécois (1972), de sa violence et de son horreur, dans la Nuitte de Malcomm Hudd (1969) ou dans Oh, Miami Miami Miami (1973).
Ces romans, déchirés entre l’épopée et la catastrophe, font place à la maturité des Voyageries. Amorcé par le tragique Blanche forcée (1976), la très belle «lamentation» qu’est N’évoque plus que le désenchantement de ta ténèbre, mon si pauvre Abel (1976) et Sagamo Job J (1977), long cantique adressé à celui que la baleine blanche avale, le cycle culmine avec les trois volumes de Monsieur Melville (prix France-Canada 1979) et Una, roman-synthèse et retour au monde de l’enfance. La hantise de Moby Dick, de l’échec melvillien, la douloureuse élaboration du texte, l’impossibilité des mots en ce «pays incertain», tout s’engouffre dans le projet joycien du livre. À travers le narrateur-romancier Abel Beauchemin, c’est l’écriture qui est le point de départ et d’arrivée de l’uvre de Beaulieu.
Écriture qui n’est possible que dans les traces des grands frères : Kerouac, dont la lointaine origine québécoise justifie l’«essai-poulet», texte en devenir, jamais clos; le grand Hugo, maître du délire, salué pour son gigantisme, son effarante mouvance; Melville, qui, dans la proximité recherchée, appelle le texte, sert de point de départ à une lecture-fiction, non pas à un essai. C’est la redécouverte de textes québécois marginaux, mystiques ou autres (Manuel de la petite littérature du Québec, 1974).
Le dramaturge est moins solide. En attendant Trudot (1974), médiocre «lecture» de Beckett, et Cérémonial pour l’assassinat d’un ministre (1978) déçoivent. La Tête de monsieur Ferron (1979) amuse. Seules exceptions, Ma Corriveau (1976) et surtout Monsieur Zéro (1977), uvres riches, plus écrites. Beaulieu s’est récemment tourné, avec plus ou moins de succès, vers la télévision, d’abord avec les As, feuilleton policier, puis avec Race de monde !, souple adaptation du premier récit (autobiographique ?) de la Vraie Saga des Beauchemin.
Le sérieux travail de Beaulieu, aux Éditions du Jour, à L’Aurore et, enfin, chez V.L.B. éditeur, ne lui a attiré que des éloges. Publiés sur papier bouffant, avec un choix judicieux de caractères, de nombreuses illustrations, les livres de V.L.B. attirent et retiennent l’il. Allant de la poésie au théâtre et au roman, des ouvrages théoriques aux rééditions de textes anciens et à la petite histoire, l’éditeur encourage l’éclosion du texte collectif qui seul permettra la véritable naissance du pays.
BIBLIOGRAPHIE
Les Grands-Pères, Éditions du Jour, Montréal, 1971; Robert Laffont, Paris, 1973; V.L.B. Éd., Montréal, 1979; Don Quichotte de la démanche, L’Aurore, Montréal, 1974; Flammarion, Paris, 1979; Manuel de la petite littérature du Québec, L’Aurore, Montréal, 1974; Monsieur Zéro, V.L.B. Éd., Montréal, 1977; Blanche forcée, V.L.B. Éd., Montréal, 1976; N’évoque plus que le désenchantement de ta ténébre, mon si pauvre Abel, V.L.B. Éd., Montréal, 1976; Sagamo Job J, V.L.B. Éd., Montréal, 1977; Monsieur Melville (I. Dans les aveilles de Moby Dick; II. Lorsque souffle Moby Dick; III. L’Après Moby Dick ou la souveraine poésie), V.L.B. Éd., Montréal, 1978; Flammarion, Paris, 1980; Una, V.L.B. Éd., Montréal, 1980.
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