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Jean-Pierre Rogel, le Défi de l'immigration, 1989, couverture

Benoît Melançon, «En bref : le Défi de l’immigration / Jean-Pierre Rogel», Spirale, 97, mai 1990, p. 12-13.

Le Défi de l’immigration de Jean-Pierre Rogel, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, coll. «Diagnostic», 9, 1989, 122 p.

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Des théories d’immigrants se bousculent-elles aux portes du Québec ? Si oui, sont-elles constituées d’allophones refusant par avance de prendre langue avec les natifs ? Sinon, comment expliquer que le statut des communautés culturelles secoue depuis quelques années la société québécoise ? Dans un court ouvrage de l’utile collection «Diagnostic» de l’Institut québécois de recherche sur la culture, Jean-Pierre Rogel propose un ensemble de faits (dates, statistiques, définitions, présentation de textes de loi) permettant de mieux cerner les tenants et les aboutissants de cette question d’une «actualité brûlante».

Dans une perspective résolument journalistique, Rogel présente six dimensions de l’immigration au Canada et au Québec : historique, humanitaire, démographique, économique (les immigrants sont-ils des «voleurs de job» ? rien ne permet de l’assurer), linguistique (on voit que le problème de l’immigration, comme celui de la langue, est d’abord montréalais), culturelle (au sens anthropologique). On ne saurait trop souligner l’importance des définitions que donne Rogel. Le Canada accueille, parmi ses immigrants, divers types de réfugiés : ceux reconnus par la communauté internationale, ceux que le gouvernement canadien accepte dans des programmes spéciaux et les «revendicateurs du statut (de réfugié)» qui se présentent aux frontières dans l’espoir d’être admis au pays. Ces distinctions sont importantes, car la médiatisation de la question immigrante est essentiellement liée à l’accroissement du nombre de réfugiés depuis le début des années quatre-vingt; alors qu’après la Deuxième guerre mondiale ils représentaient 10 p. 100 de l’immigration au Canada, ils en constituaient près de 33 p. 100 en 1988.

Par ailleurs, chaque culture a sa façon de réagir à la présence des communautés culturelles : refus de l’intégration par les sociétés d’accueil, «assimilation complète» à la française, «assimilation à plus long terme» par le melting pot aux États-Unis ou par le multiculturalisme au Canada, «convergence culturelle» telle que la prône le gouvernement du Québec ou, enfin, «creuset québécois» (selon l’auteur, cette «forme particulière du melting pot américain a remarquablement fonctionné jusqu’ici»). C’est par rapport à ces modèles que les gouvernements du Québec et du Canada déterminent — ou plutôt improvisent — leurs politiques d’immigration.

Non seulement la situation québécoise est-elle interprétée par Rogel dans une perspective historique et située par rapport aux multiples façons d’accueillir les immigrants, mais elle est aussi mise en parallèle avec celle des autres sociétés occidentales : la sous-fécondité est un trait de l’Occident en général (encore que le passage du «baby-boom» au «baby-crash» soit marqué davantage au Québec qu’ailleurs), comme l’est le remplacement d’une immigration traditionnellement européenne par une immigration en provenance des pays du Tiers-Monde. Si l’immigration est récemment devenue un sujet d’intérêt public, c’est beaucoup plus à cause de la nature de cette nouvelle immigration, jointe à la tradition québécoise de la crise identitaire, qu’à cause d’une augmentation réelle du nombre d’immigrants (de 1977 à 1987, le Québec accueillait 7000 immigrants de moins que sa moyenne annuelle, depuis 40 ans, de 26 000).

L’immigration, selon Rogel, pose quatre «défis» à la société du Québec : pour les francophones eux-mêmes, de vivre en français; pour l’école, de se «redéfinir comme le lieu par excellence d’apprentissage de la culture québécoise»; pour les administrations gouvernementales, de fournir les ressources nécessaires à l’intégration des «nouveaux immigrants»; pour le gouvernement du Québec, d’attirer une immigration francophone. Au moment où est créé à Montréal un Mouvement pour une immigration restreinte et francophone, il n’est pas inutile de signaler que ces «défis», pour difficiles qu’ils soient à relever, ne sont pas les signes d’une situation explosive. Au terme de son parcours, Rogel est tout à fait clair : «le Québec [n’]est nullement menacé d’une invasion», ne serait-ce que parce que les soldes migratoires québécois ont été surtout déficitaires depuis la fin des années soixante jusqu’au début des années quatre-vingt. Ses conclusions font autant appel à la prospective qu’au réalisme : «Les francophones du Québec devront d’abord compter sur eux-mêmes pour assurer leur survie, en instaurant une véritable politique nataliste, dynamique et innovatrice»; une augmentation du nombre d’immigrants admis annuellement au Québec est actuellement envisageable, puisque le Québec en a toujours reçu, proportionnellement, moins que ne le justifierait son poids démographique au Canada; les risques de tension interraciale (à l’école, dans certains quartiers, dans quelques secteurs de l’économie) sont réels, mais nécessitent de ce fait que l’information pertinente sur ces questions circule. C’est chose faite.


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