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Benoît Melançon, «En bref : Permis de séjour 1977-1982 / Claude Roy», Spirale, 46, octobre 1984, p. 15. Permis de séjour 1977-1982 de Claude Roy, Paris, Gallimard, 1983, 357 p.
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Dans Somme toute (1976), troisième volume de ses souvenirs, Claude Roy évoquait ses fréquents évanouissements de 1954 à 1956, ces «brèves intermittences de l’être», réfléchissait sur la mort d’amis chers, interrogeait leur rapport à «l’ultime souveraine». Rien ne le préparait encore à la «seule grande première» qu’il lui restait à vivre : «le mourir». Mais à l’été 1982, apprenant qu’il est atteint d’un cancer, Roy se voit menacé de perdre son permis de «permis de séjour» sur terre. Il publie aujourd’hui le Journal de ses «ennuis de santé», ainsi que des cahiers et carnets des années qui ont précédé. Permis de séjour 1977-1982 n’est toutefois pas uniquement le récit d’une expérience «hélas assez répandue, mais désagréable», la maladie. C’est aussi l’ouverture à la vie, l’étonnement constant d’un grand écrivain.
«J’ai tellement attendu tous les jours de la vie l’inattendu que, me pensant au terme de ma vie, je continue encore d’attendre je ne sais quoi» : tout Claude Roy est dans cette phrase. Devant la croyance, la vérité et le mensonge, la politique, la guerre, l’art, l’amour et les amis, les chats et les oiseaux, la nature, les rêves, Roy est toujours étonné, cherche à en savoir plus, creuse les questions avec une belle liberté. Devant la maladie, son attitude est la même : «On peut être bien disposé. Mais posé, jamais.» Éclectique, curieux, alerte, souvent brillant, érudit mais sans pédantisme, Claude Roy ne se pose jamais, n’est jamais lourd.
Permis de séjour est un «vivier» et un «chantier» où tout est matière à écriture : retour au village d’enfance, lectures, «choses bonnes de la vie», voyages (en Italie et en Grèce, en Chine, en Pologne), morts (Louis Guilloux, Kostas Papaioannou, Albert Cohen, Georges Perec, Georges Neveux, Victor Garcia, la chatte Myrna). Roy cultive «l’électricité des émotions», les impressions fugaces, les notations brèves : à Pékin, «Acheté la traduction chinoise des Mémoires de Nixon». Fin observateur, Roy est autant poète et moraliste que portraitiste (Lukács, Musil, Jean Vilar, Lo Takang, Jacques Lacarrière, un voisin à la campagne, la femme aimée). Surtout, en toutes circonstances, il est écrivain.
Après l’ablation de son poumon gauche, Roy se trouve une fois de plus étonné : «fausse alerte», la mort n’est pas (encore) au rendez-vous. L’écrivain continuera de s’étonner et de nous étonner. Retour de cancer, il se remet à l’étude des questions qui le passionnent et qu’il n’a jamais vraiment abandonnées : «comment connaître la vérité ? La vérité est-elle bonne à savoir ? La vérité est-elle bonne à dire ?» Avec Roy, la réponse ne saurait être unique, fermée mais étonnante, toujours. Permis de séjour, qui n’est pas le bilan d’une vie mais le rappel de quelques-uns de ses temps forts, montre à l’évidence comment Claude Roy est «relié» au monde : «Essayer de vivre les ouverts, rêver de ne les fermer qu’à la dernière minute, c’est sûrement difficile, mais c’est bien intéressant.»
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